Jalal Alavinia
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Forough Farrokhzad

Toute une Vie Michel Pomarède Radio France

jeudi 2 janvier 2025, par Collectif LP


Toute une vie

Forough Farrokhzad

Radio France France Culture

Dans un pays qui vénère la poésie classique et masculine qui tutoie Dieu, la jeune femme impose sa voix. Elle décrit son désir, mais aussi son désarroi face aux ténèbres qui l’envahissent. Un acte de rébellion. Quand Forough - son prénom signifie "lumière" - nait en 1934 à Téhéran, dans une famille nombreuse, son pays va s’ouvrir à une modernité importée de l’Occident : l’école obligatoire devient mixte en 1936 et les femmes entrent à l’université de Téhéran la même année. Le port du voile est interdit, comme celui des habits religieux pour les hommes dans l’espace public ! Son père est officier dans l’armée et fait régner, dans sa maison, la discipline d’une caserne. La petite fille monte aux arbres, se bat avec les enfants du voisinage, conteste les ordres paternels. Elle vit surtout au contact quotidien de la nature, des animaux et des fleurs. Déjà, elle écrit, "Quand dans son jardin, la rose est rouge, elle claque « comme un drapeau dans une révolution. "

Après le lycée, elle suit des études artistiques dans une école d’art. Elle a 16 ans. Elle tombe amoureuse d’un cousin âgé de douze ans de plus qu’elle, Parviz Chapour, qui deviendra un caricaturiste célèbre. Elle se bat pour se marier et échapper à sa famille.

A 18 ans, elle obtient gain de cause et commence à publier un texte qui fait scandale, « Le péché » , « J’ai péché, péché dans le plaisir / dans des bras chauds et enflammés. / J’ai péché, péché dans des bras de fer, dans des bras brûlants et rancuniers. » Elle publie coup sur coup, La Captive, Le Mur et La Rébellion. Elle choque la bonne société . Mais, là où elle innove, c’est quand elle fait entrer dans l’univers poétique, de nouveaux termes tels que balai, cuisine, corde à linge, paillettes, cerf-volant, vase, mots-croisés, fumée du cigare, vendredi ennuyeux, tasse, armoire, jets d’eau… Derrière ces mots banals du quotidien, se cache cependant une approche de la métaphysique. Dans nombre de poèmes reviennent les mots « lumière » et « ténèbres »  : la vie et la mort.

Elle se sent étouffée par un homme qu’elle croyait drôle et qui est en fait conventionnel. En 1955, elle divorce. « Tout mon être est un verset noir.  »

En 1958, c’est la rencontre avec le deuxième grand amour de sa vie, Ebrahim Golestan, écrivain, cinéaste et producteur avec qui elle travaille et vit en union libre. Elle élabore le grand recueil de sa poésie, Une autre naissance. Son regard est devenu cinématographique : « La vie c’est peut-être une rue sans fin où / passe tous les jours une femme avec son panier. / La vie c’est peut-être une corde / avec laquelle un homme se pend à un arbre. […] La vie c’est peut-être allumer une cigarette / à un moment d’assoupissement entre deux étreintes. »

En 1962, après trois tentatives de suicide, elle est déterminée à faire œuvre, dans tous les domaines et bien au-delà de la poésie : elle tourne La Maison est noire, un documentaire sur la léproserie de Tabriz, film remarqué à l’époque par Chris Marker et couronné d’un prix en Allemagne, et elle est désormais reconnue en Iran comme à l’étranger. Cette reconnaissance lui sert de rempart contre les critiques. Elle continue inlassablement sa défense de la poésie, « une chose sérieuse, une responsabilité, une réponse à la vie. »

Sa vie s’interrompt en février 1967 quand sa voiture fait une sortie de route. Elle meurt sur la route de l’hôpital . Elle a 32 ans. En 1974, parait son recueil posthume « Croyons à l’aube de la saison froide ».

Pour en parler Laura Tirandaz, traductrice avec son père Ardeschir, des recueils Une autre naissance et Croyons à l’aube de la saison froide, parus aux éditions Héros-Limite. Sorour Kasmaï, romancière franco-iranienne, directrice, aux éditions Actes Sud, de la collection « Horizons persans », dédiée aux littératures afghane et iranienne. Maryam Madjidi, autrice des romans Marx et la poupée et Pour que je m’aime encore, parus aux éditions Le nouvel Attila. Niloufar Sadighi, poétesse et traductrice de l’anthologie Je suis la flamme, publiée aux éditions Maelström. Agnès Devictor, spécialiste du cinéma iranien, maître de conférences dans l’UFR Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université de Paris 1 et enseigne le cinéma iranien à l’INALCO. Mira de Boose, autrice d’un court-métrage consacré à la poétesse I am spring, you are earth (2024). Alireza Espidkar, artiste iranien. Textes dits par la comédienne et metteuse en scène Gilda Chahverdi.

Bibliographie Œuvre poétique complète, Forough Farrokhzad, traduction par Jalal Alavinia, (éditions des Lettres Persanes, ré édition 2017). La nuit lumineuse (lettres et scénario), traduction, Jalal Alavinia, (éditions des Lettres Persanes, 2011). Je suis la flamme, traduction par Niloufar Sadighi et Franck Merger, (éditions Maelström, 2022). Une autre naissance, traduction, Laura et Ardeschir Tirandaz, (éditions Héros-Limite, 2022). Croyons à l’aube de la saison froide, traduction par Laura et Ardeschir Tirandaz, (éditions Héros-Limite, 2023). J’ai pêché, pêché dans le plaisir, Abnousse Shalmani (éditions Grasset, 2024). Filmographie La maison est noire, Forrough Farrokzhâd, documentaire (1963). I am spring, you are earth, film de Mira de Boose, en hommage à la poétesse (2024). Générique Un documentaire de Michel Pomarède, réalisé par Franck Lilin. Prise de sons, Eric Boisset et Olivier Leroux. Mixage, Eric Boisset. Lectures par la comédienne et metteuse en scène Gilda Chahverdi. Coordination, Emmanuel Laurentin. Chargée de programme et édition web, Sandrine Chapron.

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